Le Requiem de Mozart, ou les prodiges d'un génie
L'occasion s'est présentée l'hiver dernier à Rolle. Chaque semaine, chanteurs et musiciens, une soixantaine de paysans, ingénieurs, financiers, retraités, ouvriers, fonctionnaires, vendeuses, infirmières, directrices, ménagères et autres se réunissaient au collège du Martinet, chaque groupe ayant son chef, afin d'assimiler la musique du maître. Certains savaient déjà la partition, d'autres la maîtrisèrent en quelques lectures. D'aucuns, comme le soussigné, peinaient à lire la clé de fa, se perdaient dans les armatures, s'égaraient dans les fugues, trébuchaient dans les croches, rataient les départs, amputaient les rondes pointées, oubliaient les silences, tonitruaient les pianissimos. Quelle tolérance et quelle patience de la part des voisins qui durent recommencer tant de fois jusqu'à ce que le béotien sache les suivre!
Il le fallait bien, pour Mozart. Avec une louable persévérance, à force d'explications, de démonstrations et de reprises, le chef parvint peu à peu à harmoniser timbres, volumes et tempéraments en une émission disciplinée, souple et sonore. Une oeuvre, un chef, une interprétation!